mercredi 22 mai 2013

LAGRIFFOUL ! (Yannick Lefeuvre)

Souvent un nom est un vecteur formidable. Ici, c'est le cas. Son nom propre est le titre même de ce qui va s'éployer. De ce nom magique à ses sculptures, ce sera la même source, le même torrent, la même vivacité qui s'écoulent !
Ses visages agrippés à pleine main à la jointure de leurs cris nous empoignent. Les caractères passés au crible des émotions, les bouches extirpées à la racine des yeux, les regards comètes éclatées à la source des joues, les cous vrillés aux épaules nouées nous transfigurent.
Alignement de visages effarés, reflets en écho des nôtres !
Les fulgurances sculptées dues à l'énergie éruptive où chaque naissance est une nécessité, un désir impérieux et une épreuve aboutie s'imposent à notre regard. Jaillissantes à l'orée des drapés serpentesques, boyaux turgescents, gouffres asphyxiés, laves fusionnelles, ces figures torturées s'avancent pour des danses primitives qui nous arrachent à nos torpeurs. Traversés par ces forces libérées, nous sommes irrésistiblement entraînés dans la houle profonde de l'érotique du geste.
Hors d'elle, l'oeuvre vibrante, tourmentée, exaltée se déploie. Issue du feu des bras, de la pleine poussée, de la chair du ventre et des hanches, corps de terre conjoint au corps de chair, elle chante !
Griffures, déchirures argileuses, tempêtes intimes en montées vers les joies de la spirale signent la présence, la vitalité et l'émergence des visages. Avec ces plissures charnelles, ces drapés grecs, les tissus fondants, les giboulées des torrents, les ruisseaux furieux, les coulures sexuées, elle affirme la royauté visible de notre monde tellurique. 
En amont, il y eut un temps où la force ascendante des harmoniques enivrantes, des empoignades vivifiantes et tendres, dans la conjugaison passionnée du vivant traversait son travail. Ces amours d'argile noire extraits de la pulpe des doigts, révélés par des prises vigoureuses et amoureuses dessinaient une verticalité charnelle et harmonieuse. Aujourd'hui, exploratrice de la tension instinctive, elle ouvre la porte à l'esprit sauvage qui surgit en elle. Entre ces deux forces travaillées à pleines paumes, une autre présence s'impose et va surgir. 
Demain, il sera là «le glébeux»  né des mains d'une femme passionnée, être en ascension dans sa circulaire montée. L'humain jaillira à l'aube de son devenir ! 
Et nous avec lui, nous entrerons dans la danse !



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