lundi 20 mai 2013

JUDITH MARIN : FUGUE (OU QUI L'EUT GRUE ?) (Yannick Lefeuvre)


Judith MARIN                    
Etre artiste aujourd'hui exige de se dégager de tous les clichés, de trouver des
cheminements originaux, en articulation autant avec ses propres abysses et en résistances à ce monde qui nous broie.
Judith Marin part d'une image d'actualité qui l'interpelle, l'arrête.
Une photo noire et blanche, lisse, froide, posée là devant elle d'une perfection indestructible l'interroge. Ce qu'elle y voit la regarde et elle décide de faire en sorte que ça nous regarde aussi.
Comment agit-elle ? L'image qui l'a arrêtée, elle la dessine au crayon, elle la reprend, la détache de sa matérialité froide, de son espace temps instantané, codé. Elle la prend en main au doigt et à l'oeil mais sans la trahir, respectueuse des lignes de forces, des plages blanches et noires sans rien inventer. Pour des raisons qui la concernent et dont nous ne saurons rien, elle la substantialise.
Elle soupçonne que par cette démarche, elle apprendra quelque chose, elle présentifiera l'invisible d'un réel inconnaissable. Cette photo devenue pour elle une image se transforme en peinture. S'approprier une image, ça passe par là. Le processus est lent et nous implique. Prendre ce temps, c'est s'inscrire dans le monde. Nous y sommes enfin. Nous apprenons que nous n'y étions pas.

Le fait qu'en regardant sa peinture, le cerveau sache que c'est tiré d'une photo (cadrage-motif) qu'il saisisse en même temps que c'est une peinture nous trouble. Les infos que le cerveau perçoit va plus vite que la pensée donne à la photo sa dimension vraie d'une appropriation réelle.


 Cela l'emmène sur d'autres territoires, devenus pour elle évidents. Pour la suivre, il faut suivre le cheminement. La mise à distance envisageable dans le calme de l'atelier devient difficile à gérer face aux flots intempestifs d'images, clichés qui nous envahissent. Elle trouve malgré tout une possibilité et s'y attelle. Comment les tenir à distance, sinon qu'en les dessinant sur des fenêtres (support proche des écrans ?). Elle crée des portes ouvertes sur ces autres terribles visions politiques scénarisées. Humour ?... elle les rend amovibles. Une fenêtre qu'on ouvre peut aussi se refermer. Ces silhouettes sont remises à leur place d'images, de reflets. La fascination tombe.
A l'exemple de Persée, elle tranche la tête de méduse. Nous ne serons plus figés dans la pierre. Notre chair, notre réalité humaine retrouvées prennent le dessus.

C'est du lourd ! Y a pas photo !









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