mercredi 19 juin 2019

ANNE LESCA : LA ET LA ! (Yannick Lefeuvre)





Elle s'appuie sur le vent et donne ainsi mouvement à ses compositions. De là, jaillissent de fines toiles, des liens ajourés, des filets aux fins maillages, des colliers de sensations aériennes. Il y a là une apparente simplicité qui coule de source. Les couleurs tout à coup complices disent leur plaisir de tant de résonances intérieures. Que ces masses, formes et sculptures comme autant de nuages laissent filer leurs pluies fines est une joyeuse surprise visuelle. Il y a aussi dans le cheminement rigoureux de Lesca Anne un désir de retrouver l'origine de la matière céramique ... terres cuites et pourtant contenant en elles des envols, des montées possibles vers les premières herbes, les élans sensuels, les attaches amoureuses, les éclaboussures, les mousses, les chevauchées. Là où la pensée n'y peut pas grand chose sinon parfois un mot qui s'échappe et s'inscrit sous la toile (antique, daï, earing et Dieu sait quoi!), heureux de sa consistance, il nous envole ainsi nommé et c'est très rare. Un coin de stupeur enjouée, juste pour se relier avec les esprits de ses œuvres si originales qu'on en ressort étonnés d'aller, de marcher, d'avancer dans son sourire.




dimanche 16 juin 2019

MARC LIMOUSIN : SUIVRE LE FIL ... (Yannick Lefeuvre)


Photo Evgenia Saré
Marc LIMOUSIN



Marc Limousin tente de capter les sensations venues du monde, celles d'un Rimbaud, du «  picoté par les blés » qui de cette émotion le mène à «  fouler l'herbe menue ». soit un geste artistique. Un « jeté du bras » qui vient en réponse au bonheur d'avoir reçu, à la joie d'être là, au don d'en traduire quelque chose. Pourtant, il reste humble dans son exploration. Il s'exerce à mille et une tentatives pour cerner la merveille. Et celle là, vue au Mans ce week-end, une simple ligne qui relie trois concentrés de formes-couleurs. C'est si simple que le public s'interroge et parfois passe à coté. Quelques uns y voient une ligne d'erre pour écrire, d'autres une arabesque calligraphique et pour ma part, je veux y voir une note qui va vibrer dans les en-dedans mais aussi les transporter de l'une à l'autre sur une vibration musicale tenue à travers et au-delà … qui de l'origine aux confins va s'effilochant dans l'univers. La ligne musicale éclaire, relie et touche les espaces de sensations à la teneur, terreur et bonheur de matières emmêlées charnelles et parfois sculptées. Parfois, il ose la structure des cartes, tenté aussi par la géographie comme autant de tentatives vaines de retenir, d'asseoir et de repérer les fugaces impressions venues des territoires du monde. En fait, toute matière semble reliée par un lien musical. Un lien harmonique entre petits ou grands chaos. Ce serait une ligne de front insaisissable qui nous invite à vivre l'horizon non comme limite ou frontière mais comme relais de nos désirs sensibles. 
Le plasticien funambule avance sur ce fil et vous salue d'en haut sans oublier de vous tenir la main en bas afin que notre regard confiant s'ouvre à la beauté du monde..





NICOLAS CROUIGNEAU : POINT A LA LIGNE … (Yannick Lefeuvre)




S'il y a un reflet possible du monde actuel, Nicolas Crouïgneau nous le livre tout en perspectives, avec des cadres urbains aux structures elles mêmes encastrées qui deviennent ces espaces à arpenter sans idées précises, de là à là et de plus en plus vite. Les êtres s'y déplacent, les longent, parfois y plongent comme dans une piscine ou y grimpent avec fièvre et honte ou même s'y renversent surpris de tant de vacuité. Il peint avec talent en grand connaisseur des effets de la peinture un urbanisme sans sol, aux transparences colorées avec un soin et une propreté cliniques, des ciels reflets et des couloirs indécis quoique serviles d'un management invisible. Il ose aussi plus profondément le frottement d'un masculin d'équerre aux courbes sensuelles d'un féminin désarçonné. Si sa mise scène crée un espoir entre ces deux là, l'artiste ne fait pas que constater, il envisage un avenir possible. L'artiste soupçonne qu'un désir plus humain pourrait poindre son nez, saurait jaillir de ses toiles ainsi conçues dans l'esprit pétrifié du public. Mais là sur la toile de fond, hommes, femmes, enfants et personnages identifiables ne font que s'y inscrire sans autre réalité que de passer par là, y allant, s'y inversant, s'y mirant, s'y dénudant banalement avec des gestes las. Le regard sans consistance porte son désir morbide sur des ailleurs indéfinissables. Il suffit de vaquer dans un centre ville pour entendre le propos de l'artiste car au fond, c'est bien comme ça qu'on s'y déplace le plus souvent. Alors, bizarrement, on s'y reconnaît dans ces toiles, on le vit parfois ce désarroi impalpable où chacun erre à sa façon dans ces espaces modernes impeccables mais qui ne conduisent nulle part, qui n'invitent à rien, qui volent des libertés qu'on aurait d'ailleurs aujourd'hui du mal à définir. Pourtant sa peinture difficile ne s'enferme pas sur elle même. Elle oblige donc le public dérouté à y revenir, à y regarder de plus près pour se donner du temps et peut être entrevoir autre chose. Il pressent qu'au delà de ce monde désincarné une autre terre se dessine. Le peintre facétieux, sans concession mais méticuleux souhaite peut être avec nous une fois le constat fait, tisser un autre rêve pur l'humanité.



vendredi 14 juin 2019

FERREIRA GHISLAINE (PEINTRE) - PERRIN DELPHINE (PHOTOGRAPHE) : MASQUES ET BERGAMASQUES ! (Yannick Lefeuvre)


L'une prend l'autre en photo. Le visage-photo devient portrait-tableau, chacune se tire le portrait selon son talent. Un portrait donc plus vrai mais en lien avec ce qu'il cache, avec ce qu'il y a « là dessous » qui résonne avec le « par là dessus ». Troublantes représentations humaines obligeant le regard à errer par dessus, par dessous et à coté évoquant ce qu'il en serait des liens, des échos entre sensations, émotions jusqu'à partager le sentiment du verbe. Le masque-visage s'il recouvre la cruelle vérité d'une émotion la transpose en substances colorées lui donnant une distance, une autre façon d'approcher la douleur. Avec elles, le pas de coté est talentueux sinon ce ne serait qu'expérience picturale caduque. De ce fait, le sentiment qui se révèle entre l'une et l'autre devient une sorte de miroir où la personne et le reflet créent un mouvement qui rend l'émotion pensable. Étrange voyage qui nous met la puce à l'oreille comme quoi cet effet de reflet-masque-miroir serait par la même notre réalité. En tout cas, les artistes nous donnent l'opportunité d'un cheminement, d'une transfiguration et pourquoi pas d'une résolution à vivre en public. Un public apostrophé qui s'entend dire l'étonnement d'être lui aussi dans cette entrevue possible. La qualité des artistes étant de situer les questions au bon endroit par une pratique duelle rare dans le champ pictural. Dans le geste de se cacher pour mieux être retrouvés, les enfants en savent un bout, espérant une fois hors de vue qu'on les débusque avec des rires et des chatouilles. Ces deux artistes malicieuses et complices disent avec leurs toiles une vérité qui nous déloge, nous dévoile et nous rend à nous mêmes … ainsi attrapés, on rit avec elles.