dimanche 28 juin 2015

ISABELLE I (Michel Foucault)


Initiales I. I.
I comme Isabelle,
I comme Image et comme Identité
Cette série « Rock-on » adopte un dispositif minimaliste: sur un fond neutre, un personnage nous fait face cadré comme sur une photo d' identité. Loin de faciliter son identification, l'artiste introduit des éléments qui viennent perturber notre regard. Le flou de la chevelure et du costume ne permettent pas de reconnaître s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Quel est cet individu ? Quel est cet inconnu ? I comme Interrogation.
Pour  déstabiliser encore plus les certitudes du spectateur, Isabelle I accumule les effets de flou : les marques du  passage furtif d'un objet non identifiable masquent le regard, les traces d'une ligne lumineuse et mouvante forment une cicatrice sur le front. Ces signes gardent la mémoire d'événements passés et rendent plus incertain l'enregistrement de l'instant présent : aussitôt apparu, aussitôt disparu. I comme Instabilité de l'Instant. I comme Incertitude.
Isabelle I aime jouer avec son image. Dans chaque série, elle crée de nouvelles stratégies pour se dissimuler et apparaître sous un masque différent. Autoportraits ? Personnages de fiction ? Que racontent ces personnages à la fois elle-même et une autre ? Derrière la multitude de leurs histoires, c'est son propre portrait, en éclats, qu' Isabelle I se réinvente.
Derrière le I d'Isabelle se dissimule le E,
E comme Eclats de femme.

vendredi 26 juin 2015

MARGOT BUFFET (Thierry Gaudin)


La mémoire des images / La mémoire en stretch / En rides et en résilles / Le derme des mémoires se fige / Et suspend les dérives / La peau des mémoires vives / Exhale ses ramages / S’exalte sur le tas / En succulences décisives  / Qui se meuvent et soupirent / La toile des yeux s’imprime / Sous le souffle des ans / Le ménage se plisse / Le manège s’invite
Dais des exuvies / Membranes irriguées / Organes exprimés /Muqueuse exfoliée /
Et retrouver la fréquence / Des séismes et des transes / Des caresses et des coups / Des liesses et des repos
 
Le doigt sur la paupière / Et l’aisance des iris / Assurent sur les stances / Une tessiture tactile / Lisible sur le lien / Qui unit hier à demain / Mais qu’il faut bien traduire / Le stock encombre les distances / A l’or des sous ans tendus / Relier les reliefs / Et déduire sur les poussières / Et les larmes et les stucs / Les moutures agiles / Les moulures actives / Les morsures habiles / Et les sculptures soudées / Aux plaies et aux plaisirs /
Des charmes se dessinent / Et révoquent le faux style / Le toc troque sa version / Et révèle sa pellicule / Dans la chambre indurée / Quelque part sous licence / De vérité traquée /
Les amours érodent / Les cris ne font la rime / Qu’aux larmes en solitude / L’érosion du visible / L’articulation des phases / La stase en extase / La phrase retenue / En amont des non-dits / À l’aval des mystères / L’estuaire des fréquences / Ponctuent des déserts hébergés / La cervelle se plisse / En instance de marée /
Les replis ne se disent que sur confidences / Confiées du bout des dermes / Quand dansent sur les grilles / Les effets des spectres / Les vêtures des passantes / Des résurgences vives / L’atonie latente / Evadées sur brises ou en tempêtes / Là entre deux îles ou deux corridors / Le temps tisse ses chrysalides / Au cœur des entres tièdes et des matières grises / Les replis de mémoires se dénudent / Et libèrent du tendre et du sensible / La texture et le muscle / La tresse et la mèche sage / L’incurable beauté des plissures / Des pliures des âmes



samedi 20 juin 2015

PHILIPPE CROQ : SUR FOND DE COULEURS, VISAGES, CORPS, LIGNES ET SIGNES PAPOTENT... (Yannick Lefeuvre)


Parfois au matin, on cherche les éléments d'un rêve pour le reconstituer. Ça nous revient par bribes, fragments, traces, griffures... C'est à la fois exactement ça et autre chose... ça s'invente dans une narration sans cesse interrompue... ça se dilue trop vite... les images se diffractent... un mot surgit mais le poids du discontinu déchire son sens...
Philippe Croq nous entame avec ses propositions picturales là. Y a-t-il un cherche à dire dans la composition de ces éclatements là ?
Tout semble posé mais rien n'est formulé. Un soi apparaît là où le double disparaît. Souvent ombres, traces et reflets se dessinent dans une confusion d'intérêts contradictoires. Alors, ainsi invitée la sensation visuelle de parcelles de vérités vécues nous foudroie.
Mais ne nous trompons pas, ses toiles sont très construites dans leur déconstruction. Parfois une verticale tend vers un équilibre juste pour chuchoter un couleur. Il sait asseoir une horizontale, au bord du tremblé, de la ligne de partage entre un mot, un son, une vibration, une odeur, un frisson, une haine fracassée. Par petits signes, bribes, lignes et teintes, il articule son univers. De ce fait, on se surprend à rêver encore et encore ... renouant ainsi avec notre rêve nocturne du début tout à coup actualisé.
Une telle approche demande une écoute qui avance sur un fil fragile voire distendu sur le seuil de rupture. Sommes-nous quelque part dans ce qu'il nous donne à voir ? Ses tentatives émouvantes d'évitement de sens, de tissage de fils d'araignée, de grilles estompées, de rebords calqués le propulsent avec jubilation dans une possible résurrection. Ses apparitions de corps esquissés, fantomatiques, de visages étranges semblent glisser sans autres poids que leurs désespérances. Pourtant dans ce vide apparent dialoguent (malgré lui ?) des teintes fugaces, des mélodies interrompues, des accords discordants...
Nous savons en écho au fond de nous mêmes que ça a eu lieu pour nous aussi. Ceci reconnu, l'artiste nous invite à franchir ensemble le seuil d'un monde perdu ... à le dénuder encore avant d'hypothétiques reconstructions.

dimanche 14 juin 2015

CHRISTOPHE LACHIZE (Thierry Gaudin)



Arbre /  En solitude / D’apparition / Sur l’horizon point d’être / Point où l’être se dit distinct / Signe / Du je
Homme ou femme déjà / Peut « être » et être tente de pointer / Emerger s’arrimer à la pâleur / Franchir du réel le seuil / La franchise des fragilités / La franche aisance de l’agilité / Signe qui vu désigne le regard / Voir et se savoir / Debout / Ou en instance d’être / Sur l’horizon des aubes et des lisières / Ligne des eaux ou les os se soudent / S’articulent en une langue / Où l’humain prend signes / Entre hier et ici /
 Sur le pied des vers libres / Qui annoncent l’aurore / Entre le la des sons dits modernes / Et le sens de l’arbre premier / De l’art preux / Sur la ligne de partage / Qui se dessine derrière les yeux / Ceux du dedans qui savent / Le parcours / Le cheminement / Le lent arpentage des âges et des ans / Pas à pas lent te ment / Car la durée ne se peut  / Mesurer en termes et en degrés / Elle ne prend son échelle / Que dans les strates / Les épaisses humeurs / Les épars empilements / Les tas et les érosions / Les amas et les sasses / Les lavis les usures / Et les mesures démembrées / Par excès de précisions / Les lits cœurs /Les sœurs de lumières
 Quand / Et quand n’est que probable / Une citation à paraître / Une situation à naitre / Certitude mais à déduire / À redire traduire sans fuir /Relire des signes les espaces / Avant ou après la furie / La foire ou dansent les « Je peux » / Echancrure abrégée / Abécédaire de lectures / Dans le maillage des temps / Temps d’hier et de partances / Temps d’avant et de latences / Temps d’avant formuler / Mots à mots écalés / Dans le temps des écritures / Des signes qui s’aventurent / Au devant / Sur l’horizon
Dans la brèche ou sur la ligne / Sur la membrure la déchirure / La lente émersion / L’accouchement  / L’étalage et la césure / L’enjambement le contre point / La blanche sur la portée / Des temps or fer argent / Du temps inébranlable / Du temps qui se dit lui-même / Et qui seul le peut / Borner la ligne de fuite / Repère éperdu de lucidité / Dans la blancheur d’une ronde / Perdue hors portée / Dans les ciels ou ailleurs / Destinée
A redire relire notre histoire /
Destinée à redire /


samedi 13 juin 2015

HUGUES ABSIL : QUE FAISONS NOUS DE NOTRE HUMANITÉ ? (Lucien Ruimy)


La première fois que j’ai vu des œuvres d’Hugues Absil c’était des paysages intemporels, présentés à différents niveaux, les tableaux qui les représentaient étant  décalés. C’est aussi un aquarelliste qui peint des paysages, des vues de Venise… Et puis patatras le voilà qu’il se met à peindre des personnages à la façon expressionniste. 
Effet de mode d’un artiste tentant de s’engouffrer dans ce qui est la tendance du jour en utilisant sa maîtrise technique ? Eh bien non, il y a une profonde sincérité, une profonde humanité dans les personnages d’Hugues Absil. C’est là que la peinture fait sens, car elle ne permet pas les faux semblants.
Ils sont là ils nous questionnent sur ce que nous faisons du monde. Leurs regards inquiets nous supplient d’agir, nous demandent de ne pas les laisser dans cette situation. Parfois, pour s’en sortir ils fuient.
Mais si Hugues a dans ce style abandonné une peinture léchée pour une peinture toute en force, en mouvement avec des coups de pinceaux qui traversent la toile et ses personnages. Il n’en oublie pas pour autant sa grande connaissance des peintres qui l’ont précédé et ses références à ses prédécesseurs sont nombreuses.
Hugues Absil a un physique ascétique qui contraste avec ses personnages et sa peinture débridée grâce à laquelle il a acquis une liberté qu’il nous appelle à conquérir.