dimanche 10 juillet 2016

ALEXANDRA FONTAINE (Thierry Gaudin)

La membrure des écritures / Profondeur des épures / Fumure des aventures / Évidences du futur sur le dur / Dans la mesure des écritures / Et la fonction des tresses écalées / Entre dire et souligner / Lignes et perfusions / Parcours et espaces griffées / Dans l’estompe et le signifié / A l’estime des délivrances / L’intime des voyages littéraires / De l’exigence nécessaire / Imprime aux vagues leurs rythmes / Doses et notes sur gammes explicitées / Par les orages et les arcanes / Des possibles visités frêles et durables / En lectures successives les vécus / S’amoncellent en pattes d’oiseaux / En macules de mémoire / En épidermes scarifiées / En lignes excoriées / Sur les griffures du temps / Sur les arcures des astres passés / Par la peau des sentiments / Plissures et émissions / Signets des pages et des livres / Où les destinées se délivrent / Ce temps interne et flexible / Que seul lit le fragile / La balance et la dérive / Equilibre du présent partagé / Sous le signe et sa persévérance / Le pli des errances /
Multiplie et dit vise et dit gère et distille / En souvenance la dance des mots / Maux et mets mutiques esquisses polymorphes / Où l’éphémère se conjugue aux ductiles / Attouchements des amants / Touches des allants / Morsures du temps / Marcheurs du vivable / Sur les versants et les pistils des styles / Spécifiés par essences escomptées / Aux ascèses du résistible / Qu’accompagnent les dirent magnifiés / Le parchemin derme des veines / Où bat le sang des persistances / Humaines féminines prestances / Là où se dit le mot juste / Entre deux qui se taisent / Par excès de tension / Le vivace se manifeste / Pour ne pas se détruire













jeudi 7 juillet 2016

IRIS MIRANDA (Thierry Gaudin)

                                  " photographie Emilie Dubrul"
Dans la chevelure des êtres / S’animent des bestiaires vivants / Se dévoilent des écrans translucides / Ou apparents / Transparentes membranes sensibles / Là dans ces tissages cellulaires / Qui articulent dans les nerfs / Des portraits inextricables /Câbles et  mesures du temps / Les pas des bêtes qui se terrent / Les voix qui se serrent / Les voies des mystères / Car l’espace leur est compté / Quand les contes les narrent / À l’évidence au présent / Et ça remonte dans la nasse / Des espèces là où les genres se mêlent /
S’emmêlent et se génèrent / S’inséminent et s’hybrident / Se grisent et se divulguent / Dans et par des histoires sans héros véritables /Inexpliqués dans la crinière des gens / Invisibles dans les toisons épilées / Ici se trament des habitants / Venus des forêts impérissables / Qui hébergent le vivant / Les cellules se souviennent et bousculent le présent / Le présent se sait instable à l’écoute / Des vertèbres des organes et des sens / Que murmurent les âmes  / Animales et humaines /Animaines et humales / Esprits des sources et du sang / De la lymphes et des accents / Des ténèbres silencieuses tapies au centre / De chacun chaque une où nos mots / Espèrent des refuges / Où s’élaborent des gravures / Aux encres indéniables / Des becs et des griffes des os et des dents / Qui s’agrippent sur les dermes / Des messages qui se taisent / Oblitérés dans les espaces énoncés / Sur la nappe des évidences / Écrites où tout se tait par éloignement bâti / Surgi des bétons et des bitumes / Quand la chair se fait statistique / Oubliant oublieuse
Des origines et des héritages / Des atavismes et des lignages

La pointe et le burin / L’encre sous la presse / Les  gestes consignent /Le destin et la sagesse des existences / Qui persévèrent à se dire / À nous dire


vendredi 24 juin 2016

XAVIER JALLAIS : L'HUMANITE EN DERIVE (Michel Foucault)


Devant chacune des toiles qui composent la série « Exode », le spectateur est brutalement confronté à une masse énigmatique et flottante qui émerge des ténèbres chargées de menaces. «Radeau de la Méduse» contemporain ou nacelle en perdition : à bord  une personne est à la dérive. Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Où va-t-elle ?
Dans la masse compacte où tout semble faire corps, il est difficile de démêler les fragments qui la composent. Des mains s'agrippent énergiquement à des oreillers ou des coussins qui se voudraient rassurants, des bras pressent des matelas trop encombrants, des corps disparaissent derrière des objets de fortune, des visages se détournent et se camouflent. Les éléments corporels ne semblent plus constituer que les fragments éparpillés d'une personne. Le naufragé semble avoir perdu son intégrité.
Rien ne désigne ce que fuient ces personnages errants et rien ne permet de leur donner une identité. Cependant les toiles de Xavier Jallais ne sont pas sans évoquer les réfugiés qui traversent  actuellement l'Europe pour s'éloigner des guerres et des massacres qui menacent leur vie et celle de leur famille. 
On pense également aux sans-domicile-fixe ou aux sans-abri que l'on expulse dans la rue. Contrairement aux images-chocs des médias, les toiles de Xavier Jallais n'imposent aucun discours univoque. Leur mise en scène picturale empreinte de compassion questionne le spectateur sur la profonde solitude et la lente déshumanisation qui menacent les précaires et les plus démunis. 

mercredi 22 juin 2016

ANNE BOTHUON (Michel Foucault)


Le visiteur est immédiatement saisi par la présence troublante des personnages qui peuplent l'univers d'Anne Bothuon. La plasticienne est l'unique ordonnatrice d'un théâtre qui oscille entre comédie et tragédie. Tour à tour, elle endosse le rôle de sculpteur et de scénographe pour donner vie à ses créatures textiles.
Le corps humain est la préoccupation première d' Anne Bothuon. A l'égal du sculpteur sénégalais Ousmane Sow, elle porte un regard attentif et bienveillant sur les corps qui l'entourent. Des corps éloignés des modèles éternellement jeunes et dynamiques, promus par notre société marchande. Des corps qui ont traversé les années avec leurs défauts et leurs petites imperfections. L'artiste fait surgir ses figures d'une masse blanche de ouate et de tissu qu'elle modèle à coups de fils et d'aiguilles. 
Un réseau labyrinthique de fils colorés enserre cette grande masse molle et inerte pour lui donner vie. Ici, le réseau se resserre pour suggérer le détail d'une plissure ou d'un repli. Là, le réseau se fait plus lâche pour libérer les volumes d'une poitrine ou les courbes d'une hanche. Anne Bothuon donne corps à une galerie de personnages puissants et fragiles, magnifiques d'expression et d'humanité.
Une mise en scène discrète et généreuse nous invite à déambuler parmi ces créatures à taille humaine. On se surprend à croiser leurs regards et leurs têtes légèrement inclinées semblent implorer un moment de sollicitude. Dans un curieux face-à-face, on ne sait plus très bien qui cherche le regard de l'autre. Ce jeu de miroir crée un beau moment de partage et d'échange entre les spectateurs et les sculptures textiles  qui leur ressemblent tant.