lundi 13 octobre 2014

GERALD MAINIER : LA FLUIDITE PICTURALE (Hugues Bourgeois) « Ach wie flüchtig, ach wie nichtig… » cantate BWV 26 (Ah ! combien fugitive, ah combien vaine est la vie de l’homme…)

Parler de la peinture de Gérald Mainier ne va pas de soi. Pour l’avoir rencontré, l’engagement et la sensibilité forcent le respect. Le choix des mots est difficile. J’ai choisi de parler de cette toile avec laquelle je vis depuis quelques années.
L’humanité du sujet s’impose sans que la technique picturale interfère, la toile est toute entière dédiée à donner vie au sujet, sans aucune complaisance, avec une économie de moyens, notamment chromatiques. Deux notions reviennent, force et fragilité. Cette force de l’homme de foi, de l’homme sans toit, ceux qui vivent de rien, et qui plantent leur regard dans le vôtre, en y injectant une dose de spiritualité ou de précarité.
Cette toile nous interroge à la croisée des chemins d’une société clivée. Elle questionne aussi sur la foi, ce en quoi nous croyons, jusqu’où sommes nous prêts à aller. Là, la peinture puise sa force dans la gamme des bruns sombres qui convoquent le saint extatique d’une toile espagnole, et dans l’instantané d’un déséquilibre, de cette tête en arrière, inclinée sur la gauche les yeux mi clos. La fluidité de la touche m’évoque la terrible photo de ce militant cambodgien tué d’une balle dans la tête à bout portant. Aujourd’hui, la violence sociétale a pris le pas, et cette toile nous rappelle que dans cette société, malgré tout, nous sommes fragiles, emportés dans le torrent de la vie, « Ach wie flüchtig, ach wie nichtig… 

La peinture continue après la mort de cet homme fragile qui n’est plus qu’un crâne en équilibre instable, dérisoire, posé à l’envers sur son sommet, et puis le calcium se dilue sur la toile, étape ultime de la disparition. Alors, après cette gravité de l’être, il est aussi le peintre de grands formats où il célèbre la nature et la couleur du Jura, terre de cascades et de rivières. Et là, l’humanité a disparu, ou plutôt n’est pas encore apparu. Ce sont des toiles pleines de couleurs et de silences d’un monde à recréer.


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