vendredi 14 juin 2019

AMELIE LE GRELLE : LA TORPEUR POUR EVITER LA LANGUEUR (Hugues Bourgeois)




Samedi 1er  juin, au Mans. Il fait chaud, 30°C, c’est Puls’Art et c’est tant mieux. Je découvre la peinture : extérieurs surexposés, architectures de béton, décors urbains vides d’humains. Cela ressemble à des constructions coloniales abandonnées et calmes, et l’on se trouve là, silencieux, presque coupables. Les ciels sont bleus, parfois nuageux, il semble faire chaud. Torpeur. Ce mot m’a semblé effrayant et fort, et pourtant il s’est imposé, j’ai vérifié : torpeur : engourdissement général, physique et psychique, qui tient en état limite de conscience et de somnolence. Je suis là, face à la peinture d’Amélie Le Grelle, je suis bien, je ne pense à rien, le corps physique prend le dessus, les sensations s’imposent. Le corps psychique rend les armes, je perds le contrôle, ma peau, mes rétines, sont aux commandes. Duras s’invite et je pense aux petits chevaux de Tarquinia : « Tout est torpeur. La torpeur est le vide de la vie, elle est la vacuité de l’existence quand la vie sociale ordinaire cesse de régler la vie de chacun et la question de sa vérité ».
Je pourrai m’allonger là sous les toiles, anéanti. Les structures architecturales apportent justement un contre-point à cette torpeur, offrant ombre et protection. Nous sommes le plus souvent en dehors mais à côté, il n’y a plus que quelques pas à franchir. Mais nous sommes laissés là, en dehors, dans un questionnement lié à notre survie. Nous sommes aussi dans la rue, sous les arbres, en banlieue, loin de chez nous ou loin des autres. Allons nous supporter la torpeur ? Comment éviter la langueur ? L’amour nous fait espérer que oui, la chaleur éveille nos sens, il y a bien sûr des corps pris eux aussi par cette même torpeur, des corps qui s’attendent pour un salut mutuel. Qu’être sans l’amour de l’autre ? En plein hiver, j’écrirai la même chose, car sa peinture est la plus forte.




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