jeudi 25 septembre 2014

STÉPHANIE LUDET : L'INFLUENCE QU'UNE OEUVRE APPORTE DANS LA VIE DE L'ARTISTE (Sandra Detourbet)

Chez Albert Marquet, la lumière est un facteur décisif pour ses mouvements géographiques. C’est à Lodève, lors d’une rétrospective sans précédent que j’ai pu distinguer nettement les peintures de Sète de celles peintes en Algérie ou de celles peintes à Paris.
Il en va de même pour les autoportraits de Schoenberg que le compositeur effectua dans le délire de la souffrance. Exorcisant une trahison insoutenable, cette série m’a frappée par la profonde nécessité d’apaisement d’un tourment insurmontable.
Si je pense à ces deux hommes particuliers devant les dernières peintures de Stéphanie Ludet, c’est qu’ il en va de même pour le parcours géographique et sentimentale de cette artiste.
Son œuvre porte sa vie.
Son enracinement pictural renoue une immense fragmentation. Chez cette peintre, le voyage est total. Tant par la trace évidente d’un héritage européen, emprunt de figures ferventes aux courbes préraphaélites, que par l’imprégnation culturelle qu’engendre chacun de ses voyages. Dés sa prime enfance, il était rare quelle séjourne plus de 3 années consécutives dans un même pays. Et cet enchantement s’est poursuivi, au delà de son enfance. Cette « Madre » aux passions rupestres est accompagnée de sa famille aux 3 visages, 1 père et 2 filles. Nous les retrouvons ici imbriquées par un philtre indescriptible dans un registre sculptural remontant à la nuit des temps ...
Je prends le temps suffisant, je prends le recul nécessaire pour me plonger au cœur de la vie, celle d’une artiste sans demie mesure et dont l’appétit et la vitalité me terrasse.
Son tout premier atelier et seul véritable point d’encrage, je l’avais découvert au premier étage d’un mas perdu au fin fond des Cévennes. Une belle pièce en désordre. Un désordre retrouvé intact d’été en été tout le temps de son enfance et adolescence. Une petite boîte verticale en bois y présidait. Elle abritait quelques objets sans valeurs où seule la disposition m’invitait à la rêverie. Cet autel fût le premier indice.
Permettez-moi de vous indiquer deux ou trois choses que je sais d’elle. Stéphanie Ludet est peintre. Stéphanie est une peintre honnête :

Chaque nouvelle destination géographique devient le début d’une lente gestation.

À chaque pays une mue reptilienne.
Que dire d’autre ? L’identité? Le présent.
Son passage à Kinshasa au Congo avait laissé apparaître des corps massacrés, des sculptures aux formes humaines tâchées de rouge jonchées sur le sol. Il y aura aussi toujours des visages. Puis autre chose, une histoire, celle que chacun se racontera, une histoire différente chaque jours.
... Il y avait eu en Asie des laques perdues dans un transport aérien, aujourd’hui nous sommes en septembre 2012 quand Stéphanie Ludet libère sa pensée, laissant apparaître l’éternel, l’altérité, l’autobiographie sans titre : « Une femme dans un corps bleu » une histoire ouverte à soi ou à l’autre soi, l’autre, celui ou celle que nous aurions été si le passé et le futur s’unissait pour le présent. Voici désormais plus de 2 années écoulées à Lima où nous pouvons assister à une gestation frénétique, celle d’une femme profondément épanouie.





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