jeudi 2 janvier 2014

ALBANE DE SAINT REMY : A PORTÉE DE MELODIE (Yannick Lefeuvre)


Albane de SAINT REMY
D'emblée à l'écoute des toiles d'Albane de Saint Rémy, nous ressentons une sensation d'envol, un glissement dans un rêve très doux, une tendresse inattendue pour la vie qui nous transporte. Les toiles d'Albane ont ce pouvoir là ! Cela devrait suffire à notre plaisir de les regarder une à une et d'éprouver à chaque fois le sentiment d'une métamorphose de soi. Mais cette capacité due aux effluves de ses toiles de nous voir basculer dans le merveilleux ouvre à mon sens à un « dire vertigineux ». Une parole où la passion de la vie et de ses représentations trouvent des chemins.

Une amatrice d'art proteste car dit-elle les silhouettes figuratives sont inutiles et gênent l'abstraction dans son essor. Parfois l'amour ressenti ne s'évade ni de ses propres clichés ni de l'enfermement d'un connu « moderne ». Alors, sur une toile d'Albane ce qui ouvre la porte des émotions que l'on voit ici refusées pour cause de désobéissance à la pensée convenue (car il est dit que l'abstraction se doit de refuser tous signes figuratifs) c'est l'écart justement. L'écart entre cette pâte chaotique constituant un substrat puissant et coloré en amont et la finesse sensuelle d'un trait de craie soulignant par exemple une silhouette de jeune fille saisie sur le vif de son être vibrant.
Pour un « vrai dire », un pas de coté vis à vis des certitudes se révèle nécessaire et c'est là que se situe pour tout un chacun une chance de voir pour soi, d'aller plus loin et de goûter à l'ineffable. Une transmutation du charnel de la couleur vers des éblouissements blancs, des ciels à venir et des horizons subtilement diaphanes nous guident. Ce creuset pictural qu'elle nous donne à voir prouve que ses cheminements abordent une connaissance inouïe. Elle ne peint pas pour ou en osmose avec mais parce que c'est ainsi que cela s'énonce dans son processus pictural.
A nous de nous étonner d'un tel chemin, d'une telle prouesse qui ne cèdent sur rien que d'aller vers, d'être là et de s'y tenir au plus près d'une fulgurance épanouie. Elle redonne au regard ses capacités visuelles, celles d'une vibration oubliée et tout à coup reconnue. Un sentiment de plénitude reprend vie en soi une fois l'émotion éveillée par les plages aux couleurs soutenues. Par ses substances charnelles ne faisant impasse ni de la violence (arcs jetés, déchirures noires, gribouillis informes) ni des douceurs (lignes tenues, roses pastels, souffles d'or), ni des caresses de tendresse (coupes, barques, bulles en suspension...), les conjuguant comme autant d'émotions vécues et lui appartenant. Puis ces quelques signes ou éléments originels par elle convoqués se déploient sur sa table après cuisine odorante comme autant de fruits, d'oiseaux et de feuilles complices. Autant de références personnelles qui, transfigurées nous emmènent « naturellement » du visible vers l'invisible. Nous, devenus funambules avançons entre ciel et terre sur ce fil qu'elle institue comme élément reliant d'elle à nous et de nous à tire d'elle. C'est magnifique !
De plus, dans les tensions des quatre éléments assortis aux cinq sens, le temple ainsi installé cache des entités studieuses vers lesquelles nous pouvons aller prier et marmonner d'anciennes comptines, des formules magiques et des psalmodier des sortilèges encore efficaces. Ce qu'il en est de nous à cet instant où le regard s'approfondit est évanescent et seule la poésie pourrait apporter une variation à sa hauteur. Ainsi j'arrête d'en écrire plus et je me laisse aller au plaisir égoïste (ce qui fut vrai tout au long de l'écriture de ce texte) de puiser au cœur des sources rafraîchissantes de ce qu'elle nous donne dans une volée de rêves, un état de désir.
Quelle joie de rencontrer un jour une grande artiste qui nous donne sans emphase le plaisir de partager ses appétits d'être !

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